– Il y a eu des cultures anciennes dans lesquelles les règles et le corps féminin étaient vénérés. Que s’est-il passé pour que la menstruation aie basculé d’être considérée comme sacrée à être méprisée?

Il y a longtemps existèrent des cultures matrifocales, où le masculin et le féminin se respectaient et le bien-être de la communauté était la priorité.
Dans ces communautés, la sexualité féminine était vénérée car elle était la créatrice de la vie et aussi pour sa sagesse.
Il s’agissait de cultures très paisibles car elles vivaient entourées de bonheur et de tranquillité.

On raconte que  ces communautés se sont faites progressivement attaquer par d’autres peuples guerriers, qui les réduisaient en esclavage, les pillaient,… Et petit à petit, ces cultures pacifiques matrifocales finirent par succomber pour laisser la place à des cultures patriarcales, guerrières, hiérarchiques, où la femme était un bien de plus à posséder et à commercialiser, comme la nature et n’importe quel autre bien.

Actuellement, nous sommes encore à l’ère patriarcale, nous sommes des cultures guerrières, où chaque personne est centrée sur elle-même, l’individualisme est la priorité, et donc notre sexualité féminine, porteuse d’une grande intuition et sagesse, est niée et dénigrée.  

 

Autrefois, quand la femme était vénérée, elle pouvait vivre avec plénitude sa sexualité, en profiter, s’y laisser porter et apprendre grâce à elle. On dit que les femmes avaient une grande intuition, et l’intuition n’est pas autre chose qu’une grande sagesse intérieure, une voix qui vous guide et qui vous indique quoi faire, où aller, ce dont vous avez besoin…

C’est une évidence que ces femmes n’étaient pas faciles à manipuler, posséder ou tromper. Avec le temps, les cultures patriarcales ont compris qu’en niant et en dénigrant la sexualité féminine, il  était possible de couper cette sagesse innée que toutes les femmes possèdent.
Ils ont maudit notre corps de femme, nos désirs naturels ont été considérés comme des péchés, nos mouvements de hanches mal vus, ils nous ont séparées les unes des autres, chacune enfermée avec son mari.


La transmission orale de la sagesse a été perdue, il n’y avait plus d’enseignement de la sexualité féminine ni de la sagesse du cycle menstruel, nous n’avions plus aucun contact avec la vie, les naissances. Pour apprendre à accoucher il faut avoir vu des dizaines d’accouchements et intégrer ainsi la grande énergie qu’il y a dans une naissance, et surtout cesser de nous craindre nous-mêmes.

Ils ont semé l’ignorance, la peur envers nos instincts et notre corps. Ce qui est inconnu fait peur, et ce qui fait peur, dans ce cas, fait mal.

Des menstruations douloureuses, des douleurs pendant les rapports sexuels, des accouchements dans la douleur … Ca fait mal parce que nous sommes dans l’ignorance, il n’y a pas d’éducation, pas de rituels pour nous apprendre, car il n’y a plus de femmes qui puissent nous enseigner…

 

Il y a eu une extermination massive des femmes qui restaient connectées à leur savoir et qui vivaient différemment, celles qu’on appelle les sorcières. Elles ont été brûlées, réduites au silence, et la sagesse de toutes ces femmes a été enterrée.

La douleur et la peur sont imprégnées dans nos corps, maintenant nous nous ouvrons lentement à une autre façon de ressentir, nous avons un grand chemin à retracer !

 

Voici la raison pour laquelle le sang menstruel est méprisé, il montre une partie de la sexualité féminine telle qu’elle est, directe, sauvage. Bien sûr, dénigrer et rejeter ce sang est la clé pour que nous évitions de le toucher, pour que nous ne voulions pas le sentir ni nous y laisser porter et découvrir les grands mystères qu’il contient.

Il en va de même pour l’accouchement, depuis quand faut-il autant d’instruments pour accoucher?
En Angleterre et d’autres pays, il est plus rassurant de donner naissance à la maison avec une sage-femme que d’aller à l’hôpital.

Ils nous ont pris le pouvoir de créer, de donner naissance à nos enfants et à notre vie et à nos projets. Au cours de la grossesse et de l’accouchement, nous pouvons clairement voir comment notre corps est considéré comme un incapable qui doit être contrôlé par des machines et des hommes «professionnels».
Cela fait des milliers d’années que nos corps accouchent dans les cavernes, entourés de femmes, de sages-femmes, comme les animaux, sachant comment bouger pendant l’accouchement, où le faire, avec qui … Actuellement, tout ça importe peu, la seule chose qui compte, c’est la façon dont les médecins et les machines vous voient de l’extérieur. Nous oublions de faire confiance à notre corps, d’apprendre les unes des autres, d’être fraternelles entre nous et ainsi retrouver notre pouvoir.

 

Et c’est ainsi que nous perdons la sagesse de comment accueillir nos règles, de comment faire l’amour et de comment accoucher, parmi beaucoup d’autres choses, nous perdons la sagesse de comment vivre pleinement la vie.

 

Carla Trepat Casanovas, auteure du conte Le Trésor de Lilith.

— Question posée par Sara Muerza, étudiante, en cours de réalisation d’une thèse autour de la sexualité féminine —

Traduit par Les Filles de Lilith.

 

Qu’est-il arrivé pour que la menstruation soit passée d’être considérée sacrée à être méprisée ?

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