Cette nuit j’ai fait un rêve, je me suis réveillée en pleurant, parfois le souvenir est douloureux  mais cela me plaît, je préfère vivre en sachant que mourir en dormant.

Ça devait être il y a longtemps, peut-être au Moyen Age, je portais des haillons et tous les bâtiments autour de moi étaient en pierre. Je criais à un homme à cheval, il me regardait d’un air méprisant, sans beaucoup de paroles, avec d’autres de sa bande qui étaient aussi à cheval autour de moi.

Je regardais mon village, il n’y avait presque plus d’hommes qui pouvaient nous protéger, tous étaient morts et les femmes, avec des enfants en charge, ne voulaient pas prendre de risques, trop de personnes sont déjà mortes …

Je reçois une lance à quatre dents dans mon ventre. Pendant qu’un homme me traîne par terre, il crie que si quelqu’un d’autre veut parler, qu’il le fasse maintenant ou qu’il se taise pour toujours.

Tout le monde resta en silence, trop de personnes sont déjà mortes…

Mon corps était suspendu sur la place du village, pour que chaque jour tout le monde puisse se rappeler de ce qui leur arriverait s’ils parlaient. Depuis, les femmes et les enfants s’étaient  enfermés dans leurs maisons, il n’y avait plus ni de joie, ni de fête, il n’y avait plus de fraternité, même plus d’amitié. Le prix à payer était trop élevé…

Tout ce qu’ils savaient, ils l’oublièrent, le peu de preuves qu’il existe une autre manière de vivre, d’être et de créer des relations, “les hommes à cheval” s’attelèrent à les détruire. Ils changèrent les histoires, les contes, …TOUT.

Il ne resta aucune trace de cette période, où les femmes célébraient constamment  la vie, où les enfants vivaient tranquilles et en paix entourés d’une grande famille, pas seulement la famille de sang, mais celle dans laquelle tous étaient leurs parents, grands-parents, oncles, tantes, frères, soeurs … la tribu.

Depuis lors, la douleur ressentie par les femmes s’était ancrée profondément en elles, elle s’est installée dans leur ventre, dans leur véritable coeur, leur utérus, qui durcit comme un caillou. Il ne battait plus, cet utérus ne riait plus et tout mouvement provoquait de la douleur. Leurs règles ont commencé à être douloureuses, la sexualité s’est transformée en une simple formalité pour procréer, pour créer des serviteurs du « Seigneur ». A chaque naissance, les femmes souffraient l’enfer et beaucoup d’entre elles sont mortes, il y avait énormément de douleur et de tristesse à évacuer, parfois trop pour continuer à vivre.

Cette douleur a été transmise de génération en génération, si c’est cela être une femme, je ferais mieux d’être un homme. Nous vivons actuellement dans une société où les femmes ont adopté le rôle des hommes, mais personne ne veut le rôle des femmes, celui des bienfaitrices. Mais peut-être qu’être une femme n’est pas que cela…

Je suis mère d’une fille de 10 mois et je vis dans la campagne isolée avec mon mari. Tous les jours j’observe et je sais que la nature humaine n’est pas faite pour élever ses enfants ainsi. Je sens que j’ai besoin d’être entourée, de partager cela avec plus de femmes et plus d’hommes et pouvoir ainsi célébrer la VIE. Que sont devenues ces tribus d’hommes et de femmes unies pour vivre, pour protéger et pour célébrer la vie?

Ces hommes à cheval dirigent maintenant le monde et servent tristement de modèle et de référence à beaucoup d’autres hommes qui veulent leur ressembler. Je sais qu’un autre monde est possible, au moins une fois il a été différent, je le sens dans mes tripes, sûrement que tout a été oublié et que toute preuve a été effacée, mais ça m’est égal, je me fais plus confiance à moi-même et à mes sensations et je sais qu’il pourrait en être autrement.

J’ai écrit le Trésor de Lilith pour me rappeler à moi-même, et à toutes les personnes qui veulent le lire, que nous avons besoin de nous souvenir de ce que nous étions, nous devons retrouver notre sagesse, notre confiance et notre liberté pour dire BASTA face à tant d’atrocité. Seules les femmes et les hommes libres peuvent créer un autre monde, une autre manière de se relier et une autre manière d’être.

Une liberté qui commence par revenir à nos vraies racines et c’est quelque chose que chaque personne doit faire par soi-même.

Je ne suis pas la fille d’une sorcière qui a été brûlée, je suis Lilith,
Tu m’as brûlé mille fois et je reviens sans cesse,
parce que tu ne peux pas me tuer,
Je vis au plus profond de chaque fille, chaque jeune-fille et chaque femme,
Je suis la graine de la sagesse.
Si celles-ci prennent soin de moi, je pousserai.

 

Écrit par:

Carla Trepat Casanovas, chercheuse en Sagesse féminine et créatrice du livre « Le Trésor de Lilith, un conte sur la sexualité, le plaisir et le cycle menstruel ».

Traduit par :

Les Filles de Lilith

NOUS SOMMES LES FILLES DES SORCIÈRES QUE VOUS N’AVEZ PAS PU BRÛLER

Un avis sur « NOUS SOMMES LES FILLES DES SORCIÈRES QUE VOUS N’AVEZ PAS PU BRÛLER »

  • août 29, 2018 à 11:49
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    Bonjour . Je viens de découvrir votre récit et j’ai envie de vous répondre que oui les femmes ont besoins de se connecter les unes aux autres mais pas à tout les moments de leurs cycles. Vous dites écrire en campagne avec votre enfant et votre mari et c’est justement cet connexion à soi même sans perturbateurs qui permet cette relation sacrée avec son corps, son cycle. Merci du partage 🙂

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